
La Montagne 10 mai 2023

La Montagne 27 juin 2023

Mémorial de l'Allier, 5 décembre 1872

Extrait de L'église de l'ancien prieuré de Souvigny,
impressions dédiées à M. Chambon
par Joséphine Mallet, 1841
De l'orgue résonna la voix pure et puissante
Aux célestes accents, harmonie enivrante,
Qui trouvait un écho dans mon cœur oppressé
Ces longs soupir, mêlés aux chants du saint cantique
M'inondèrent bientôt d'une joie extatique
Qui fit à mes esprits revivre le passé.
Je vis, comme autrefois, prosternés sur tes dalles
Ces hommes aux frocs bruns, aux grisâtres sandales,
Leurs barbes balayaient les marches de l'autel :
Le vieux missel s'ouvrit, debout devant sa stalle,
Chaque moine entonna d'une voix sépulcrale,
Un sourd De profundis, chant grave et solennel.


Témoignage de M. Lucien Bellot (né le 24 mars 1929) - (témoignage recueilli en 2021)
Mon expérience de souffleur d’orgues est ancienne et très modeste, se résumant à quelques dizaines d’interventions durant ma scolarité primaire à Souvigny ou secondaire, en pension à Moulins. Je passais mes vacances à Souvigny où j’assistais alors à la messe du dimanche. Je bénéficiais alors d’un privilège donné par l’Abbé Chaudagne, curé de la paroisse à tous les jeunes de mon âge : une place réservée dans le chœur devant les magnifiques stalles réservées aux chanoines. C’est là que venait me chercher Madame de Lambilly organiste titulaire de l’orgue célèbre de l’abbatiale. Pourquoi moi ? Une réputation de sérieux ? Aucune preuve n’en avait été demandée ou donnée. Celle de mes parents qui commençaient à être connus et en accord avec eux? Sans doute. Plus concrètement, en raison de mes qualités physiques, ma taille, ma corpulence témoins d’une force soutenue par mon activité à la ferme de mes parents : car de la force, il en fallait pour l’exercice qui m’attendait. En tous cas, j’acceptais sans hésiter, très honoré d’une preuve de confiance et surtout impatient de découvrir ces lieux mythiques auxquels très peu de personnes avaient accès et qui restaient pour moi un mystère. Celui-ci commençait dans le petit escalier de pierre en colimaçon, étroit et obscur qu’il fallait franchir avec prudence et qui ne semblait jamais finir jusqu’à ce qu’il débouche sur une grande salle, étrange, sans plafond mais laissant apparaître des poutres et des objets hétéroclites avec, à gauche ,une grande masse constituant comme une cloison entre deux parties importantes de l’instrument comme j’allais très vite le découvrir. De mon côté : la soufflerie avec vue sur le clocher, ce qui allait devenir mon royaume, et de l’autre : la partie fonctionnelle qui allait me rester longtemps encore énigmatique.
La soufflerie était un système complexe dont je n’utilisais que la partie principale. Elle ressemblait au soufflet utilisé à domicile pour ranimer les braises du foyer mais avec des dimensions qui m’apparaissaient gigantesques : la seule partie mobile pouvant être soulevée manuellement à l’aide d’un immense bras en forme de poutre qu’il fallait monter le plus haut possible (de l’ordre de 2 mètres au dessus du plancher). Il fallait ensuite aider ce bras mobile à redescendre pour chasser ainsi l’air emmagasiné vers les tuyaux sonores. C’est pendant ce transfert que l’organiste pouvait utiliser ses connaissances, sa compétence, ses qualités artistiques pour faire exprimer l’instrument, dévoiler ses diverses capacités musicales et surtout sa puissance pour inonder l’église de ses harmonies. Avec un rôle pourtant modeste et sans compétences particulières, j’avais conscience de permettre ce miracle, d’en partager le mérite.
Ce petit bonheur qui était le mien s’amplifiait quand on me permettait de passer de l’autre côté du mur (traduisez côté buffet) avec la vue plongeante sur l’église, cet immense vaisseau de pierre avec ses 5 nefs accolées se prolongeant à plus de 80 mètres et d’y distinguer l’importance du nombre de personnes que la musique, grâce à moi a pu charmer ou aider à prier.
Mais cette satisfaction s’atténuait quand, regardant derrière moi la beauté du buffet découvrant la multitude des tuyaux assemblés dont chacun a sa résonance particulière, étonné par la complexité du pupitre que l’organiste doit maîtriser avec ses multiples commandes pédestres ou manuelles avec ses 5 niveaux de touches et ses rangées de boutons à tirer ou pousser. Cette découverte m’a vite amené à relativiser mon jugement dans la distribution des mérites entre les deux intervenants ; et confirmer une affirmation que l’on invoquait déjà à cette époque dans certains jeux de société :
Souffler n’est pas jouer.
